Décidément les années 60 sont au cœur de mes lectures ! Après Le Club des incorrigibles optimistes et la vie parisienne des 60’s , me voici dans les années 60 mais en Angleterre grâce au rêve le plus doux de Doris Lessing. Si l’époque est la même, il n’en est rien de l’histoire.

« C’est une vaste fresque familiale qui s’étend sur trois générations. le début de l’histoire se passe à l’aube des années 60 à Londres: Julia Lennox, d’origine allemande, recueille chez elle sa belle-fille Frances et les deux enfants de celle-ci, Andrew et Colin; le fils, Johnny, responsable communiste entièrement dévoué à la cause mais totalement oublieux de ses responsabilités familiales, déserte la maison.
La première partie de ce roman-fleuve aux multiples personnages met en scène Frances, mère-courage et oreille attentive pour les amis de ses fils, pour Sylvia, la petite-fille anorexique et les amis des amis, militants de causes multiples, représentatives des grands courants d’idées de l’époque.
La seconde partie décrit l’engagement de Sylvia devenue médecin, au service d’une mission africaine à Zimlie (nom fictif d’un pays qui ressemble fort au Zimbabwe où a vécu l’auteur pendant sa jeunesse). Son combat humanitaire se heurte aux artifices des organismes officiels censés aider les populations en butte à la pauvreté et au sida, ainsi qu’à la corruption des dirigeants politiques. »

L’écriture de Doris Lessing est très riche et cela faisait un moment que je n’avais pas eu cette impression d’avoir tant d’idées à assimiler à la fin de chaque page. Chaque mot semble pesé, réfléchi pour être le plus juste possible. Et pourtant, je me suis sentie parfois perdue au cœur de ce roman. Pourquoi ? Car le contexte historique, politique si présent m’est en grande partie inconnu et aussi parce qu’il y a une réelle profusion de personnages et qu’il est difficile de voir les éventuels liens entre eux et de les suivre au fil de leurs aventures.

Le roman est d’autant plus riche et tissé qu’il s’étale sur près de vingt ans. Le lecteur découvre tout d’abord les années 60 en Angleterre, chez Julia et sa belle fille Frances, au cœur d’une demeure où le communisme prend la désagréable figure de Johnny Lennox. Puis, dans la seconde partie du roman, nous partons en Afrique, plus exactement en Zimlie, au cœur d’une zone pauvre, où les malades et les morts se comptent par centaines ou où frappe, au début des années 80, un nouveau fléau : le Sida.

Si le roman est riche en événements historiques – le communisme, les dictatures africaines, la corruption – il est aussi riche en figures fortes et surtout montre des femmes au destin extraordinaire, trois femmes :

Julia, la matriarche de cette demeure où tous se retrouvent, où chaque camarade trouve un lit, une assiette, Julia, l’exilée allemande, mariée au lendemain de la guerre à un soldat anglais qui fera face aux rumeurs toujours dans la dignité.

Frances, sa belle fille, celle qui supportera sur ses épaules l’intendance de la maison, les problèmes de chacun, oubliant sa propre personne, Frances, un modèle d’abnégation et de générosité qui suscite parfois chez le lecteur l’envie de lui dire d’être un peu égoïste !

Et Sylvia, « la petite fille » de Julia, l’enfant malade devenue médecin et modèle de dévouement.

Trois femmes, trois destins mais des points communs :  un dévouement à l’autre, un combat pour une forme de liberté.

En résumé : un roman riche tant dans l’histoire que dans l’écriture.

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