Il y a dans la vie des hasards douloureux…Lorsque le vendredi soir, Emilie a présenté, lors du club de lecture, Mensonges , elle ignorait, comme nous tous, que quelques jours après un acte barbare et sanglant viendrait abîmer la quiétude de notre ville. La veille du drame, j’ai commencé à lire cette œuvre que j’ai eu besoin d’achever le jour où toute la ville pleurait ses victimes.

L’histoire de Mensonges, c’est l’histoire d’une rencontre, celle d’un survivant de la Shoah, Aharon Appelfeld, et de l’auteur,Valérie Zenatti traductrice de ce premier. Cet auteur, avec émotion et sobriété, écrit le chemin qui l’a menée vers cet homme qu’elle respecte et admire et qui sans le savoir l’a faite, l’a construite en étant la voix française d’une mémoire, de la mémoire d’un peuple meurtri.

J’ai beaucoup aimé et j’ai surtout été touchée par cette œuvre. Peut être que les événements de l’actualité, les circonstances ont exacerbé mon émotion ? Je ne le saurai jamais…

L’œuvre est étrangement construite (« Apparence », « Transparence », « Silence ») et joue sur les ressorts propres à l’autobiographie. Le titre étonnant déroute le lecteur : entreprendre de se dire à travers des « mensonges », le projet est ambitieux ! Mais au creux du mensonge, il y a toujours une part de vérité et derrière la fiction littéraire, l’auteur se dévoile pudiquement.

La dernière partie « Silence » est pour moi la plus réussie. Le conte qui se lit comme une parabole invite le lecteur à une réflexion sur l’humanité, sur la rencontre avec son prochain, sur la rencontre entre Appelfeld et Zenatti. Ce conte offre un espoir, celui d’un ciel où « les étoiles sont de nouveau visibles ».

Cette partie permet de découvrir l’auteur puisque Valérie Zenatti est également auteur de livres pour la jeunesse et on retrouve cette veine dans « Silence ». Certains passages font étrangement penser à Hansel et Gretel.

La force d’avoir choisi un conte pour finir son œuvre, c’est aussi de rappeler que tout est mémoire et transmission orale et ainsi subtilement tisser le lien entre son métier de traductrice, son histoire personnelle et celle, plus douloureuse, d’Aharon Appelfeld.

Valérie Zenatti demande à ses lecteurs de glisser dans le pays des mensonges et de ses vérités….

En résumé : une belle œuvre que je ne regrette pas d’avoir choisie lors du club.

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