Hasard des clubs de lecture ! Je propose un petit roman qui m’avait bien plu : No et moi de Delphine de Vigan. Et Christine, une collègue, apporte Rien ne s’oppose à la nuit, son dernier livre qui a reçu le Prix Renaudot des lycéens en 2011.

J’avais entendu parler de cette autobiographie, succès littéraire qui n’avait pas été retenu pour certains prix littéraires.

La présentation qui en est faite m’incite à le sélectionner – il faut être rapide pour le prendre car je ne suis pas la seule sur le coup !

Après la fiction – No et moi – l’autofiction – Jours sans faim – Delphine de Vigan se livre dans une autobiographie poignante :

« La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec.
L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire. La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre.
Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence. Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. »

En écrivant Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan voulait écrire sur sa mère qu’elle venait de perdre.  Mais écrire sur l’autre, sur sa mère, c’est pour les écrivains un moyen d’écrire sur soi, et pour l’auteur de Rien ne s’oppose à la nuit  sur ce qui l’a fait.

Cette autobiographie, qualifiée de « roman », où, à aucun moment, l’auteur n’appelle ses parents autrement que par leur prénom est douloureuse, pas seulement pour celle qui l’écrit mais aussi pour ceux qui la lisent, car le cheminement autobiographique nous invite inconsciemment à regarder nos propres failles, à porter un regard distant et analytique sur notre famille. Delphine de Vigan montre avec justesse les marques indélébiles que le passé laisse sur le présent et le futur.

Si la distance, la dureté sont présentes, cette œuvre est une superbe déclaration d’amour d’une fille à sa mère disparue. En l’écrivant, en la racontant, elle rend un vibrant hommage à celle qui lui a donné la vie mais aussi la peur de la vie…

Cette autobiographie pleine d’émotions – on passe du sourire à la gorge nouée en faisant un détour par la tristesse ou l’incompréhension- est à lire car derrière l’histoire d’une autre, c’est une part de nous qui se questionne.

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